Le marketing, entre philosophie et fonction

Toute tentative de définition du marketing se heurte à une ambivalence fondamentale :
le marketing est Ă  la fois une philosophie des affaires — une maniĂšre de concevoir les Ă©changes et les relations avec les clients — et une fonction de l’entreprise, chargĂ©e d’analyser les marchĂ©s, de comprendre les besoins et de mettre en Ɠuvre les actions destinĂ©es Ă  y rĂ©pondre efficacement.

L’American Marketing Association (AMA), rĂ©fĂ©rence mondiale en la matiĂšre, rĂ©vise rĂ©guliĂšrement sa dĂ©finition du marketing par le biais d’un comitĂ© scientifique composĂ© de chercheurs actifs.
Depuis 2017, elle le définit ainsi :

« Le marketing est l’activitĂ©, l’ensemble des institutions et les processus de crĂ©ation, de communication, de livraison et d’échange d’offres qui ont de la valeur pour les consommateurs, les clients, les partenaires et la sociĂ©tĂ© dans son ensemble. »
(American Marketing Association, “Definition of Marketing”, 2017, https://www.ama.org)

En France, l’Association Française du Marketing (AFM) adopte une approche complĂ©mentaire :

« Le marketing est une vision spĂ©cifique des Ă©changes qui doivent ĂȘtre Ă©quitables et impliquer la crĂ©ation de valeur pour chacune des parties prenantes (individus, organisations, institutions). »
(Association Française du Marketing, “DĂ©finition du marketing”, 2015, https://www.afm-marketing.org)

Ces deux dĂ©finitions soulignent une idĂ©e centrale : le marketing dĂ©passe la simple promotion ou vente de produits. Il s’agit d’un systĂšme de crĂ©ation et d’échanges de valeur, au service d’un Ă©quilibre entre les attentes du client et les objectifs de l’entreprise.


Kotler et Keller : une vision intégrée du marketing

Les auteurs de référence Philip Kotler et Kevin Lane Keller, figures majeures de la discipline, proposent une approche à la fois stratégique et opérationnelle :

« Le marketing consiste Ă  identifier et Ă  rĂ©pondre aux besoins humains et sociaux d’une maniĂšre qui s’harmonise avec les objectifs de l’organisation. »
(Kotler, Philip & Keller, Kevin Lane. Marketing Management, 15e éd., Pearson, 2016)

Pour ces auteurs, le marketing management est :

« La science et l’art de choisir des marchĂ©s cibles et d’acquĂ©rir, de conserver et de dĂ©velopper une clientĂšle en crĂ©ant, en offrant et en communiquant de la valeur. »

Cette dĂ©finition place la crĂ©ation de valeur au cƓur du processus marketing, tout en insistant sur la combinaison de deux dimensions : la rigueur scientifique et la crĂ©ativitĂ© stratĂ©gique.


Marketing et marketing management : deux réalités distinctes

Les termes marketing et marketing management sont souvent confondus, mais ils renvoient à deux notions bien différentes :

MarketingMarketing Management
Philosophie et culture organisationnelle.Ensemble coordonné de pratiques et de méthodes.
Vise Ă  diffuser une orientation client Ă  tous les niveaux de l’entreprise.Consiste Ă  gĂ©rer les outils et techniques pour atteindre les objectifs marketing.
Approche globale et intégratrice.Approche stratégique et opérationnelle.

Selon l’AFM, le marketing management correspond à :

« L’ensemble des pratiques marketing mises en Ɠuvre par les organisations, de façon coordonnĂ©e, pour atteindre leurs objectifs. »
(AFM, 2015)

Ces pratiques comprennent l’étude des besoins et comportements des publics, la conception d’offres adaptĂ©es (produits, services ou expĂ©riences), et leur diffusion dans des contextes marchands ou non marchands.


Le marketing : entre art et science

Le marketing est à la fois un savoir scientifique et un art créatif.

L’aspect scientifique repose sur l’analyse des marchĂ©s, des comportements, et l’usage de modĂšles et de mĂ©thodes quantitatives validĂ©es par la recherche.
La FNEGE (Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises) classe d’ailleurs les principales revues scientifiques en marketing et sciences de gestion selon leur rigueur mĂ©thodologique :
👉 https://www.fnege.org/classement-des-revues-scientifiques-en-sciences-de-gestion/

L’aspect artistique, quant Ă  lui, se manifeste dans la capacitĂ© du marketeur Ă  imaginer, crĂ©er et innover.
Les campagnes publicitaires du Super Bowl, par exemple, illustrent cette crĂ©ativitĂ© spectaculaire, devenue un vĂ©ritable laboratoire d’innovation marketing.
Mais la créativité comporte des risques : en 2004, Red Bull a été condamnée à verser 13 millions de dollars pour publicité mensongÚre, sa promesse « Red Bull donne des ailes » ayant été jugée trompeuse (Benjamin Careathers v. Red Bull North America, Inc., U.S. District Court, 2014).


Choisir ses marchés cibles

Selon Kotler et Armstrong :

« Un marchĂ© dĂ©signe l’ensemble des acheteurs actuels et potentiels d’un produit. Ils partagent un besoin ou un dĂ©sir particulier, susceptible d’ĂȘtre comblĂ© par des relations d’échange. »
(Kotler, Philip & Armstrong, Gary. Principes de marketing, 14e éd., Pearson France, 2019)

Le choix des marchĂ©s cibles est au cƓur de la stratĂ©gie marketing. Il dĂ©termine non seulement les clients visĂ©s, mais aussi les concurrents auxquels l’entreprise devra se mesurer.
Cette sĂ©lection s’appuie sur l’analyse de l’environnement global (Ă©conomique, technologique, socioculturel, etc.) et la dĂ©finition d’un positionnement diffĂ©renciĂ© dans l’esprit du consommateur.

Principaux Ă©lĂ©ments du systĂšme marketing – Kotler, Gary Armstrong, P. Principes de marketing, 14Ăšme Edition, Pearson France, 2019

Acquérir, conserver et développer des clients

La mission du marketing ne s’arrĂȘte pas Ă  l’acquisition de nouveaux clients : elle consiste Ă  les fidĂ©liser et Ă  accroĂźtre leur valeur pour l’entreprise.

Selon Gupta et Lehmann (2005), la Customer Lifetime Value (CLV) — ou valeur Ă  vie du client — mesure la rentabilitĂ© d’un client sur la durĂ©e de sa relation avec l’entreprise :

CLV selon Gupta, Sunil, Donald R. Lehmann, and Jennifer A. Stuart (2004), “Valuing Customers,” Journal of Marketing Research, 41 (February), 7–18.
  • Pt = Prix payĂ© par le client durant l’annĂ©e t
  • Ct = coĂ»ts direct pour servir le client pour l’annĂ©e t
  • rt = taux de rĂ©tention ou probabilitĂ© que le client rĂ©pĂšte son acte d’achat ou soit encore « vivant » durant l’annĂ©e t
  • AC = CoĂ»ts d’Acquisition du client
  • i = taux d’actualisation ou coĂ»t du capital pour l’entreprise
  • t = annĂ©e

TĂ©lĂ©chargez l’article de Gupta et Lehmann (2004)

Cette approche permet de concentrer les efforts marketing sur trois leviers clés :

  1. L’acquisition de clients,
  2. La fidélisation,
  3. Le développement de la clientÚle.

La valeur du client ne se limite pas Ă  l’achat immĂ©diat : elle s’envisage dans le temps, selon une logique d’investissement.

La LTV permet de :

  • Projeter une valeur d’une clientĂšle Ă  travers le temps
  • Stimuler le comportement d’achat sous des hypothĂšses de politiques de recrutement et de fidĂ©lisation diffĂ©rentes (Calciu et Salerno 2002[4])
Projection de la CLV Ă  travers le temps

TĂ©lĂ©chargez l’article de Calciu M., Salerno F. (2002)


Créer, offrir et communiquer une valeur client supérieure

L’objectif final du marketing management est de crĂ©er une valeur perçue supĂ©rieure Ă  celle des concurrents.

Pour le consommateur, la valeur correspond à la différence entre les bénéfices perçus (fonctionnels, émotionnels, symboliques) et le coût global supporté (prix, effort, temps, risque).
Pour l’entreprise, la valeur est un Ă©quilibre entre satisfaction du client et maĂźtrise des coĂ»ts (NF EN 12973, Afnor, 2000). L’analyse de la valeur est une mĂ©thode d’optimisation d’un produit Ă©galement utilisable dĂšs la conception dont le but est de permettre le dĂ©veloppement de produits dont les fonctions permettront la satisfaction des besoins des clients tout en respectant un coĂ»t cible dĂ©fini au prĂ©alable. L’afnor a formalisĂ© cette mĂ©thode d’analyse dans la Norme NF EN 12973.

Selon Almquist et Senior (2017), les produits performants combinent plusieurs éléments de valeur répondant à quatre types de besoins : fonctionnels, émotionnels, transformatifs et sociaux.

(Almquist, Eric & Senior, John. “Les Ă©lĂ©ments de la valeur”, Harvard Business Review, 2017, https://hbr.org)

Plus ces Ă©lĂ©ments sont nombreux, plus la fidĂ©litĂ© des clients augmente et plus la croissance de l’entreprise est forte.

La proposition de valeur devient ainsi le cƓur du positionnement : c’est la promesse d’un avantage unique perçu par le consommateur, que l’entreprise doit tenir à travers ses politiques de produit, prix, distribution et communication.


📚 RĂ©fĂ©rences bibliographiques complĂštes

  1. American Marketing Association (2017). Definition of Marketing. Disponible sur : https://www.ama.org/the-definition-of-marketing
  2. Association Française du Marketing (AFM) (2015). Définition du marketing. Disponible sur : https://www.afm-marketing.org
  3. Kotler, Philip & Keller, Kevin Lane (2016). Marketing Management, 15e édition. Pearson Education.
  4. Kotler, Philip & Armstrong, Gary (2019). Principes de marketing, 14e édition. Pearson France.
  5. Gupta, Sunil & Lehmann, Donald R. (2005). Managing Customers as Investments: The Strategic Value of Customers in the Long Run. Wharton School Publishing.
  6. Calciu, M. & Salerno, F. (2002). Modeling Customer Lifetime Value. Journal of Targeting, Measurement and Analysis for Marketing, 10(4), 327–336.
  7. Almquist, Eric & Senior, John (2017). Les éléments de la valeur. Harvard Business Review.
  8. AFNOR (2000). NF EN 12973 – Management de la valeur. Paris : Afnor Éditions.
  9. FNEGE (2024). Classement des revues scientifiques en sciences de gestion. Disponible sur : https://www.fnege.org/classement-des-revues-scientifiques-en-sciences-de-gestion/
  10. U.S. District Court (2014). Benjamin Careathers v. Red Bull North America, Inc. Case No. 1:13-cv-0369 (E.D.N.Y., 2014).