L’oignon de la recherche

La philosophie de recherche est la pierre angulaire de toute démarche scientifique. En sciences de gestion, elle guide les chercheurs dans leur façon de percevoir le monde, d’interpréter les phénomènes et de structurer leurs recherches. Choisir une philosophie de recherche permet non seulement de clarifier les objectifs et les hypothèses, mais aussi de s’assurer que les méthodes et techniques choisies sont alignées avec la vision épistémologique sous-jacente.

1. Positivisme

Le positivisme est une philosophie de recherche qui privilégie les méthodes quantitatives, basées sur l’observation et la mesure objective. Inspiré des sciences naturelles, le positivisme considère que la réalité est stable et mesurable, et que les phénomènes peuvent être analysés à travers des expérimentations et des enquêtes structurées. Cette philosophie est largement adoptée dans les recherches en gestion qui cherchent à tester des hypothèses, établir des relations de cause à effet, ou valider des modèles théoriques existants.

« Le positivisme, en sciences de gestion, se caractérise par un désir de simplifier les processus organisationnels en des relations mesurables et généralisables, permettant ainsi une certaine prédiction et optimisation des performances » (Bryman & Bell, 2011).

2. Réalisme

Le réalisme se situe entre le positivisme et l’interprétativisme. Il reconnaît l’existence d’une réalité objective mais souligne que notre compréhension de cette réalité est limitée et influencée par nos perceptions. En sciences de gestion, le réalisme est souvent utilisé pour explorer les mécanismes sous-jacents qui influencent les comportements organisationnels, tout en tenant compte du contexte. Par exemple, une recherche réaliste pourrait analyser comment les structures organisationnelles façonnent les comportements des employés tout en reconnaissant les dynamiques sociales et individuelles.

« Le réalisme critique en recherche organisationnelle propose une compréhension plus nuancée, cherchant à découvrir les mécanismes cachés qui influencent les comportements, tout en tenant compte des perceptions subjectives » (Saunders, Lewis, & Thornhill, 2015).

3. Interprétativisme

L’interprétativisme s’oppose au positivisme en soulignant l’importance de la subjectivité et des significations sociales. En sciences de gestion, cette philosophie est précieuse pour les recherches exploratoires ou qualitatives, qui visent à comprendre les perceptions, les valeurs, et les expériences individuelles au sein d’un contexte organisationnel spécifique. L’interprétativisme est particulièrement pertinent pour les études de cas, l’ethnographie ou les recherches centrées sur la culture organisationnelle, car il valorise l’immersion et l’analyse des significations que les individus attribuent à leurs actions et interactions.

« L’interprétativisme permet d’explorer la complexité humaine et les significations culturelles, en offrant une vue en profondeur des dynamiques organisationnelles et des processus de changement » (Collis & Hussey, 2013).

4. Pragmatisme

Le pragmatisme est une philosophie orientée vers l’action et l’application pratique. Plutôt que de choisir entre les approches quantitatives et qualitatives, le pragmatisme combine des méthodes variées pour obtenir une vision holistique et pratique des problèmes de gestion. En gestion, cette philosophie est idéale pour les recherches axées sur la résolution de problèmes spécifiques, la prise de décision ou la création de stratégies d’entreprise. Elle permet de sélectionner les méthodes en fonction de leur utilité pour répondre à la question de recherche, et non en fonction d’un alignement strict avec une philosophie spécifique.

« Le pragmatisme privilégie une approche flexible et orientée vers les résultats, permettant d’utiliser une combinaison de méthodes pour répondre de manière adéquate aux problématiques pratiques des organisations » (Saunders, Lewis, & Thornhill, 2015).

Pourquoi Choisir une Philosophie en Sciences de Gestion ?

Le choix d’une philosophie de recherche a un impact significatif sur chaque étape du processus de recherche, depuis la formulation de la question jusqu’à l’interprétation des résultats. En sciences de gestion, une philosophie de recherche bien définie aide les chercheurs à structurer leur étude et à assurer la cohérence de leur démarche. Elle permet également de clarifier la portée et les limites des conclusions, offrant ainsi aux praticiens des bases solides pour l’application des résultats dans des contextes réels.

Chaque philosophie de recherche offre une perspective unique, et le choix de celle-ci dépend de la nature des questions posées et des objectifs de la recherche. Que vous soyez étudiant, chercheur, ou professionnel, comprendre ces fondements philosophiques est essentiel pour mener une recherche en sciences de gestion rigoureuse et alignée sur les enjeux contemporains.

Références

  • Saunders, M., Lewis, P., & Thornhill, A. (2015). Research Methods for Business Students (7e éd.). Pearson Education Limited.
  • Bryman, A., & Bell, E. (2011). Business Research Methods (3e éd.). Oxford University Press.
  • Collis, J., & Hussey, R. (2013). Business Research: A Practical Guide for Undergraduate and Postgraduate Students (4e éd.). Palgrave Macmillan.