L3 MHR / MRC · Marketing tronc commun · Atelier méthode · 2 h 30

Comment construire vos scénarios, choisir votre concept et bâtir votre dossier « 2056 » — la méthode complète, pas à pas, pour les trois spécialités.

1. À quoi sert cet atelier

Rien ne change au module : le dossier de groupe (scénarios, concept et modèle économique, backcasting et signaux faibles, artefact) et l’oral unique du 14 janvier 2027 restent exactement ce qui a été annoncé — aucune restitution intermédiaire, l’enseignant passe voir chaque groupe en atelier. Ce que cet atelier apporte, c’est la méthode outillée pour produire un bon dossier : sept travaux qui s’enchaînent dans un ordre imposé, chacun avec son outil et son livrable, calibrés pour des apprentis — exigeants sur le raisonnement, raisonnables sur le volume.

« Vous ne serez pas évalués sur votre capacité à deviner l’avenir, mais sur la qualité du raisonnement qui relie vos hypothèses sur 2056 aux besoins de vos publics et aux choix de votre concept. » — la consigne du projet, à relire avant chaque séance de travail. Corollaire : un restaurant simple mais solidement justifié battra toujours un établissement spectaculaire et creux.

2. La méthode en un coup d’œil : sept travaux

Ce que vous faitesAvec quel outilCe que ça produit
1. Comprendre ce qui changeLa veille documentaire, organisée par le PESTELDes faits, tendances et incertitudes sourcés
2. Relier les changementsLe schéma d’influences et le jeu des acteursVos 4-5 variables décisives
3. Construire trois futursLe tableau des futurs (analyse morphologique)Trois scénarios contrastés et cohérents
4. Choisir votre monde de travailUne grille de choix à critères affichésLe scénario que vous approfondissez
5. Concevoir votre offreSegmentation, Ciblage, Positionnement (STP) puis les 7PVotre concept argumenté
6. Tester votre conceptLe test des trois mondesPoints forts, fragilités, adaptations
7. Tracer le cheminLe backcasting, de 2056 vers 2026Les conditions pour que ça devienne possible

L’ordre est imposé : analyser → construire des futurs → choisir → concevoir → vérifier. Un groupe qui commence par dessiner son hôtel futuriste a pris la méthode à l’envers.

3. Le principe : explorer d’abord, concevoir ensuite

Le travail a deux temps qu’il ne faut jamais mélanger. Explorer : « que pourrait-il se passer ? » — trois futurs plausibles et différents, sans en préférer aucun. Concevoir : « que proposons-nous dans ce monde ? » — dans l’un des futurs, une offre qui répond à de vrais besoins, puis vérifiée dans les deux autres. L’erreur classique est le mélange : avoir déjà son concept en tête et construire discrètement le futur qui l’arrange — toute la méthode est bâtie contre ce biais (Börjeson et al., 2006).

Et un réflexe transversal : casser les évidences avant de projeter. « Plus de tourisme = plus de nuitées = plus de rentabilité » écrase cinq variables distinctes — le nombre de personnes qui voyagent, la fréquence et la durée des séjours, les destinations accessibles, la part captée par les hôtels face aux autres hébergements, le coût de production du service — qui peuvent évoluer indépendamment. Chaque évidence décomposée livre des variables ; chaque variable est un morceau de scénario possible.

4. Travail 1 · Cadrer votre terrain

La question de travail commune : « Dans plusieurs futurs plausibles de la société française en 2056, comment les besoins d’hébergement ou de restauration pourraient-ils évoluer — et quelle offre pourrait y répondre sur votre territoire ? »

La fiche de cadrage tient en une page et consolide la brique 1 : votre spécialité et votre territoire (un ancrage local que quelqu’un du groupe connaît réellement), votre activité précise (pas « l’hôtellerie » en général), la situation de départ (clients, besoins satisfaits, contraintes) et les acteurs dont dépend l’activité — sans figer de cible : la cible viendra du scénario, pas l’inverse. Restauration collective : distinguez dès maintenant le convive (qui mange), l’acheteur (qui contractualise) et le financeur (qui paie) — trois attentes différentes qui structureront tout le projet.

5. Travail 2 · Observer ce qui change

Le PESTEL change d’usage : il devient une grille de recherche tournée vers 2056 — quels choix publics, quels coûts, quels modes de vie, quelles technologies acceptées, quelles contraintes de climat et d’eau, quelles normes ? Consigne : 10 à 15 facteurs de changement au total, sans quota par dimension — on cherche les facteurs qui comptent, on ne remplit pas des cases.

Chaque facteur atterrit dans une fiche en cinq colonnes : le facteur · ce qu’on observe aujourd’hui · la source (auteur, date, horizon) · les évolutions possibles (au pluriel) · les effets sur votre secteur. La règle d’or : un fait observé (sourcé) n’est pas une projection (travail existant à hypothèses explicites), qui n’est pas une hypothèse de votre groupe — et prolonger une source qui s’arrête en 2050 jusqu’à 2056 est une hypothèse, à signaler.

Tendance

Évolution observable et documentée (ex. : vieillissement). Présente dans vos trois scénarios, avec des ampleurs différentes.

Incertitude

Direction ouverte (ex. : acceptation des services automatisés). La matière première de scénarios différents.

Signal faible

Indice émergent, encore isolé. Précieux à repérer — interdiction d’en faire une généralité.

Rupture

Événement qui casse la trajectoire. À introduire explicitement dans un scénario, jamais en douce.

6. Travail 3 · Choisir vos variables décisives

Trois outils simples font passer de 15 facteurs à 4-5 variables. Le tri impact × incertitude : en haut à droite (fort impact, direction ouverte), vos variables décisives ; en haut à gauche, le socle commun présent dans les trois scénarios ; test de sortie pour chaque variable retenue — « si elle évolue autrement, qu’est-ce que cela change pour la demande ou le fonctionnement du secteur ? ». Le schéma d’influences : qui agit sur qui, avec 2-3 mécanismes rédigés — « si les approvisionnements renchérissent, le restaurateur peut monter ses prix, rogner sa marge, revoir ses portions ou ses recettes : quatre réponses, quatre effets sur la fréquentation » (adapté de l’analyse structurelle, Godet, 2007). Et le jeu des acteurs : qui peut financer, autoriser, accepter — une innovation disponible n’est pas une innovation adoptée (inspiré de la méthode MACTOR — Matrice d’Alliances et de Conflits : Tactiques, Objectifs et Recommandations).

Acteur (ex. restauration collective)Ce qu’il veutSon moyen d’actionLa tension à examiner
Convivesdes repas appréciés et accessiblesfréquenter ou déserterdiversité souhaitée vs budget
Acheteurfiabilité, dépenses maîtriséesle cahier des chargesambition qualité vs financement
Opérateurcontinuité, équilibre économiqueorganisation, achats, menusflexibilité vs coûts
Salariésconditions de travail tenablesexpertise, dialogue collectifélargir le service vs horaires
Fournisseursdébouchés prévisiblesproduction, prix, contratsvariabilité des volumes

7. Travaux 4-5 · Construire trois futurs : le tableau des futurs

L’outil central du projet (analyse morphologique — Zwicky, 1969 ; Ritchey, 2006). Vos 4-5 variables en lignes, 2-3 évolutions possibles par ligne — chaque case appuyée sur votre veille — et un scénario = une case cochée par ligne, en zigzag. Les colonnes ne sont PAS des scénarios : lire le tableau en colonnes reproduit le trio « optimiste / catastrophe / moyen » que la méthode veut précisément éviter. La richesse est dans le zigzag : mobilités contraintes + automatisation acceptée + pouvoir d’achat partagé dessine un monde qu’aucune matrice à deux axes n’aurait donné.

Chaque chemin se vérifie : les cases cochées peuvent-elles coexister ? Trois verdicts — compatible (à expliquer en une phrase), compatible si (préciser le mécanisme : « robots en cuisine, humains en salle » — souvent une idée de concept en germe), contradiction (qui paie la différence ? sans réponse, on corrige). On ne rejette jamais un futur parce qu’il est désagréable : un monde dur mais cohérent est recevable — et souvent le plus instructif.

Les trois chemins retenus deviennent trois fiches de 2 pages max, à structure identique : le monde en 2056 · le chemin depuis 2026 (un futur sans histoire est une carte postale) · la demande (au pluriel — « le client de 2056 » est interdit) · l’offre (concurrents et substituts existent aussi demain) · les tensions (un monde sans perdants est un prospectus) · les fragilités (assumées, pas cachées) — plus la journée type d’un client ou d’un convive. Contrôle qualité en cinq adjectifs : pertinent, cohérent, vraisemblable (≠ probable : aucun calcul de probabilité), différenciant, transparent — avec relecture croisée entre groupes en atelier avant toute sélection.

8. Travail 6 · Choisir votre monde de travail

La grille sert à choisir un terrain d’approfondissement — jamais « le meilleur futur » : une entreprise ne choisit pas son environnement, et les deux autres scénarios ne disparaissent pas (le concept y sera testé). Avant de noter : une piste de concept en deux phrases par scénario, pas plus.

Critère imposéPoidsLa question
Ce monde transforme-t-il vraiment votre spécialité ?30 %1 = presque rien ne change · 5 = usages et production bouleversés
Fait-il apparaître des besoins mal satisfaits ?30 %le critère le plus marketing : de vrais problèmes à résoudre
Pose-t-il des choix marketing intéressants ?25 %un bon terrain oblige à des arbitrages difficiles
Avez-vous la matière pour l’étayer ?15 %sources, données, connaissance du territoire

Notes de 1 à 5 justifiées par écrit, poids fixés avant la notation. Garde-fous : un scénario incohérent se corrige avant d’être noté ; refaites le calcul à poids égaux — un classement instable se discute dans le dossier, il ne se cache pas. Et cette phrase, à recopier telle quelle : « cette grille est un outil pédagogique de sélection ; elle ne mesure ni la probabilité du scénario, ni la rentabilité future d’une entreprise ».

9. Travail 7 · Concevoir votre offre

La chaîne de justification impose cinq maillons écrits : une évolution du scénario → sa conséquence pour un public → le besoin ou la difficulté → votre réponse (face à ses alternatives) → la valeur créée. À l’oral, n’importe quel choix du concept — prix, lieu, degré d’automatisation — devra remonter cette chaîne jusqu’à l’hypothèse qui le justifie.

SpécialitéLes questions auxquelles le concept DOIT répondre
Hôtellerie-hébergementPourquoi séjourner ? Combien de temps, quel budget ? Pourquoi préférer l’hôtel à un autre hébergement — ou à l’absence de déplacement ? Quelle place pour l’accueil humain ?
Restauration commercialePour quelle occasion mange-t-on hors de chez soi ? Quelle valeur justifie le prix face au domicile assisté et à la livraison ? Comment commande-t-on, comment est-on servi ?
Restauration collectiveTrois réponses distinctes : que gagne le convive ? que gagne l’acheteur ? qui finance, et pourquoi accepte-t-il ?

Avant de développer : comparer deux concepts esquissés en deux phrases, notés dans chacun des trois mondes avec des critères posés à l’avance (réponse au besoin, accessibilité, faisabilité, différenciation) — puis choisir avec une règle de décision énoncée : excellence dans le monde choisi, ou solidité partout ? (adapté de Goodwin & Wright, 2001). Le concept retenu se développe avec le STP et les 7P des services (Booms & Bitner, 1981) — en insistant sur personnel (où met-on l’humain, où met-on la machine ?), processus (le parcours, à dessiner) et preuves matérielles — et un modèle économique simplifié : qui paie, pour quoi, quelles grandes charges, en euros de 2026 — aucun prévisionnel financier à 30 ans, la fausse précision est une faute.

10. Travail 8 · Éprouver votre concept

Le test des trois mondes (wind tunnelling — Futures Toolkit, Government Office for Science) : cinq dimensions du concept (besoin servi, accessibilité, approvisionnements, équilibre économique, adaptation nécessaire) croisées avec vos trois scénarios, chaque case qualifiée — tient · adaptable (à quel coût, quel délai ?) · compromis — et justifiée. On en tire le socle robuste, les dépendances au scénario, et la question qui tue : quelle hypothèse, si elle tombe, tue le projet ? Savoir la nommer est un marqueur de maturité valorisé à l’oral. Ajoutez deux indicateurs observables dès aujourd’hui, avec le seuil qui déclencherait un réexamen.

Le backcasting (Robinson, 1990) remonte ensuite de 2056 vers 2026 : pour chaque étape — opérer, déployer, expérimenter, préparer — la condition à atteindre, les acteurs concernés et le degré de contrôle du porteur (faire seul / négocier / subir). Les dates découlent des délais réels, pas d’un jalon décoratif tous les dix ans. Et la question la plus féconde : quelle expérimentation, faisable dès maintenant, testerait votre hypothèse la plus fragile ?

11. Vers le dossier — et les pièges à éviter

Ce que produit la méthodeLe livrable qu’il alimente
Cadrage + veille étiquetée + variables + influences + acteursL’analyse de départ (brique 1 consolidée) + la bibliographie
Tableau des futurs + vérifications + 3 fiches racontéesLes scénarios contrastés, méthode documentée
Grille de choix + chaîne de justification + STP + 7P + qui paie quoiLe concept d’offre situé, avec son modèle économique
Test des trois mondes + indicateurs + backcastingLe backcasting 2056 → 2026 et les signaux faibles
Journée type, menu, chambre, cahier des charges de 2056…L’artefact du futur — toujours exigé

⚠ Le PESTEL de remplissage

Deux facteurs par case pour faire joli. Antidote : 10-15 facteurs qui comptent, sourcés et étiquetés.

⚠ Le scénario-vitrine

Choisir en douce le monde qui arrange son idée. Antidote : critères avant notation, test à poids égaux, test des trois mondes.

⚠ Le concept-gadget

Spectaculaire, mais quel problème résout-il, pour qui, qui paie ? Antidote : la chaîne de justification, maillon par maillon.

⚠ Le monde sans chemin

2056 décrit, jamais expliqué. Antidote : la rubrique « chemin » + le backcasting daté.

12. Documents et références

Support de l’atelier méthode — Projet « 2056 », la méthode pas à pas (PDF, 39 diapositives)Télécharger
Sources & outils du projet « 2056 » — la sitographie interactive (filtrable par étape et spécialité)Ouvrir

Références du guide : Schoemaker (1995), « Scenario Planning: A Tool for Strategic Thinking », Sloan Management Review · Börjeson et al. (2006), Futures · Godet (2007), Manuel de prospective stratégique, Dunod · Durance & Godet (2010), TFSC · Zwicky (1969) · Ritchey (2006), JORS · Goodwin & Wright (2001), Journal of Management Studies · Government Office for Science (UK), The Futures Toolkit (éd. 2024) · Robinson (1990), Futures · Booms & Bitner (1981) · Kotler, Bowen, Makens, Décaudin, Bories, Pichon & Laborde, Marketing du tourisme et de l’accueil, 6e éd., Pearson France.

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